vient de paraître : L'élu de Dieu  de  Anne Teyssèdre



Préface de Jacques Aboucaya

 

Préface

 

 

Difficile, lorsqu'on est convaincu d'être un messager de Dieu, d'adopter dans la vie courante un comportement banal, surtout quand l'entourage familial a suscité votre conviction, la partage et fait tout pour faciliter votre mission. Pour aplanir les difficultés du quotidien qui pourraient faire obstacle à la bonne réception des messages de l'au-delà. Ainsi s'amorce, se développe, s'installe une manière de rituel dans lequel chacun joue son rôle immuable autour du nouveau Messie, en attendant l'achèvement de l’œuvre, cet Évangile espéré avec la ferveur que l'on devine.

 

Tel est le point de départ de L’Élu de Dieu, un roman aussi insolite qu'original. Attachant, dans la mesure où la suggestion, l'allusion, en prolongent les harmoniques. Elles lui confèrent une étonnante profondeur. En toile de fond, en effet, des questions existentielles, voire essentielles : le temporel et le spirituel peuvent-ils cohabiter sans affrontement ? L'absolu fait-il sans dommage irruption dans le relatif ? La frontière entre Paradis et Enfer est-elle si étanche qu'on le pourrait croire ? Ou encore, l'assertion de Pascal selon laquelle « Qui veut faire l'ange fait la bête » peut-elle être prise en défaut ?

 

 

Le talent d'Anne Teyssèdre, sa maîtrise, se manifestent en ceci que ces interrogations ne sont jamais formulées, et encore moins leurs réponses. Nulle thèse à soutenir, mais le récit singulier d'un narrateur directement impliqué dans les aventures qu'il relate. D'où l'atmosphère dans laquelle le lecteur se trouve immédiatement plongé, un climat lourd, oppressant, générateur d'une angoisse croissante.

Or, tout l'art de l'auteur réside dans le fait que son propos pourrait être caractérisé par un seul mot : simplicité. Celle de l'intrigue, nourrie de menus événements du quotidien. Celle d'un style d'autant plus séduisant qu'il est dépourvu d'emphase. Naturel, en somme – ce qui, à y bien regarder, pourrait indiquer non point son caractère « brut », mais, à l'inverse, le comble du raffinement. Il n'est couture mieux réussie que celle qui demeure invisible.

 

Point n'est besoin d'être grand clerc en psychologie pour observer que ce naturel propre à la romancière est celui-là même qui faisait le charme de la comédienne très appréciée d'Eric Rohmer. Qu'en conclure, sinon que l'auteur de L’Élu de Dieu mérite le même succès que connut à bon droit Jeanne, l'héroïne de Conte de Printemps ?

 

 

 

 

Jacques Aboucaya




L'ouvrage est au prix de 14 € + frais de port pour 250 gr....  contact : teyssedreanne94@gmail.com