A lire, à délire et à relire de Gérard CAZE


PREFACE DE LOUIS DELORME

 

 

écrire une préface pour un ami est une chose délicate. On risque d’être accusé de complaisance. Le faire pour Gérard est à la fois un plaisir et un honneur. De plus, on sait que, quoi qu’on dise, les éloges seront mérités. Cela fait bien des années que Gérard écrit et s’il le fait, c’est essentiel-lement parce qu’il est poète, un vrai poète parce que poète vrai, au talent accompli. Son œuvre, importante, présente deux pôles d’attraction. D’un côté le poème, à la versification rigoureuse, que certains qualifieront de néoclassique, et de l’autre la prose humoristique.

 

 

 

Pour ce qui est de la poésie de Gérard, je vais tâcher d’être plus précis sinon plus nuancé. Il observe les règles classiques, aux entorses près qu’autorise aujourd’hui l’évolution de notre langue. Gérard reprend souvent ses textes pour en améliorer la forme, sans jamais lui sacrifier le contenu. Parce qu’il a quelque chose à dire et que ce quelque chose est important. Gérard se situe dans ceux qui privilégient la rigueur de la pensée, la richesse du contenu, sans négliger pour autant la manière de l’exprimer. Ils sont rares aujourd’hui ceux qui s’efforcent d’allier la beauté avec l’authenticité et plus rares encore ceux qui y parviennent.

 

 

 

Les thèmes abordés sont ceux que l’on attend d’un humaniste : la vie, l’amour, la mort, l’actualité souvent si douloureuse, les problèmes de société, l’engagement, les résistances, voire les révoltes du poète. De tout poète fidèle à sa mission. Gérard écrit sur tous ces sujets avec justesse, discernement et un véritable bonheur d’écriture : celui que confère l’émotion, la plus simple, la plus sincère, sans débordements quels qu’ils soient. Le poète est un être sensible, hypersensible qui ne donne pas dans la sensiblerie, le larmoiement. Avec le message qu’il fait passer, qui reste en dehors des coteries, des chapelles de toutes sortes, le poète est accueilli avec chaleur et empathie. On suit avec ferveur les textes qu’il propose de mois en mois, d’année en année.

 

J’ai évoqué la sensibilité. Un exemple : avec retenue, discrétion, le poète nous donne à voir l’image d’un gosse perdu sur un bateau qui l’emmène en exil :

 

 

 

Si tu savais, maman, comme on entend le vent,

 

Comme le bateau bouge et comme on est nombreux,

 

Comme je suis petit quand on est dans le creux !

 

Je te cherche des yeux, mais que le monde est grand !

 

 

 

Gérard Cazé donne la note tragique avec exactitude. La mère n’est pas là, elle ne peut pas savoir ( Maman si tu savais... ) Il s’agit là d’un sonnet et l’auteur maintient le suspense jusqu’au bout, comme le fait Arthur Rimbaud dans Le Dormeur du val : la vérité éclate au second tercet :

 

 

 

Si tu savais, maman, comme est chaud le soleil,

 

Comme le sable est doux, comme il fait bon dormir,

 

Comme tout est silence au pays du sommeil.

 

 

 

On l’a compris, il s’agit de l’enfant mort qu’on a vu récemment sur une plage, noyé au moment de toucher terre. C’est là de belle virtuosité.

 

 

 

Mais il faut bien aussi parler d’humour : c’est dans les petites proses que Gérard excelle, – n’allez surtout pas croire que les poèmes en sont dénués. Bien au contraire, certains ne sont consacrés qu’à cela : apporter la bonne humeur, faire rire de ce bon rire vivifiant, – c’est là qu’il se donne à fond. Il joue habilement sur les mots sans vulgarité, sans banalité, au-delà du calembour :

 

 

 

MON PARAPLUIE

 

 

 

Qu'il pleuve, il s'ouvre en un éclair.

 

Mon parapluie est du tonnerre.

 

Mais par grand vent, c'est la misère,

 

Il se met tout seul à l'envers.

 

 

 

Avec ses petites proses, Gérard nous enchante, nous fait rire à gorge déployée. Ce sont des sortes de sketches avec un ou plusieurs personnages, que n’auraient pas désavoué les bons humoristes de notre génération. Ceux qui faisaient vraiment rire alors qu’aujourd’hui beaucoup sont à pleurer. Il n’y a qu’à voir le succès remporté par ses textes lors des réunions de notre cénacle à Montmartre. Faire rire est la chose la plus difficile qui soit. Il n’y faut pas que de la moquerie. On le voit bien au cinéma où les gags les plus désopilants sont réussis dans la mesure où cela se fait à l’image près. Il en va de même avec les mots. Notre ami Gérard, quant à lui, trouve la bonne formulation, pile poil, au bon moment. Cela s’acquiert-il ? Je ne le crois pas. Cela se développe, se peaufine, mais il faut déjà avoir le don.

 

 

 

Gérard comme tout bon poète, comme tout homme au fond qui se veut lucide, qui comprend et admet notre petitesse, joue avec la dérision. Voire l’auto-dérision. Ainsi avec ce texte en prose :

 

 

 

CHER MOI,

 

 

 

Je devrais d'ailleurs écrire "très cher moi" vu l'argent fou que tu me coûtes.

 

J'ai, dans un premier temps, cherché à te joindre par téléphone, mais à chaque fois que je t'appelle avec mon portable, c'est occupé. Il serait bon que tu possèdes un autre téléphone que le mien pour que je puisse te joindre en cas de besoin. Aussi, je t'écris pour te faire savoir que je t'ai vu hier dans le miroir de la salle de bain, je crois d'ailleurs que tu m'as vu aussi puisqu'un bref instant nos regards se sont croisés, mais tu as très vite détourné les yeux comme si tu refusais de me voir.

 

 

 

J’ai eu la chance d’accueillir Gérard Cazé plusieurs fois dans Soif de Mots au point de lui consacrer deux numéros spéciaux. Ce fut à chaque fois un franc succès. Comme témoin de son temps, le poète finit toujours par compter. Ils sont rares ceux qui y parviennent, mais Gérard en fait partie. Chers lecteurs, régalez-vous, ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de tomber sur un poète qui nous accroche, nous séduit et ne déçoit jamais.

 

 

 

 

 

Louis DELORME

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Bredel (vendredi, 30 décembre 2016 12:23)

    Merci, Mr CAZÉ pour vos magnifiques poèmes

    Recevez mes meilleurs voeux pour 2017.
    Puisse cette nouvelle année apporter l'ESPOIR de vivre de belles pages à s'offrir.

    Le temps passe, je vous suis au fil des années (amie de Mme POIRIER)